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Randonner dans les Pyrénées quand on débute : par où commencer

J'ai appris la montagne sur ces sentiers-là, ceux qu'on emprunte sans s'effrayer, et je voudrais vous y emmener à mon tour.

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Randonner dans les Pyrénées quand on débute : par où commencer

On me demande souvent par où débuter dans les Pyrénées, et je comprends l’hésitation. Quand on regarde une carte, tout semble vertigineux : des sommets à trois mille mètres, des cols aux noms imprononçables, des refuges accrochés à flanc de paroi. Pourtant ma première vraie marche en montagne, c’était un aller-retour tranquille jusqu’à un lac, sac léger et baskets aux pieds. J’avais peur de ne pas tenir. J’ai tenu, et j’y suis retournée chaque été depuis.

Les Pyrénées ont cette générosité : on peut y goûter les grands paysages sans être alpiniste. Quelques sentiers larges, bien balisés, avec un dénivelé raisonnable, suffisent à comprendre pourquoi ces vallées rendent accro. Voici ceux que je conseille les yeux fermés à qui démarre, avec mes repères de terrain et les conseils que j’aurais aimé qu’on me donne.

Le lac de Gaube

Si je ne devais en garder qu’un pour une première fois, ce serait celui-là. On part du Pont d’Espagne, au-dessus de Cauterets, et on monte tranquillement vers un lac glaciaire posé au pied du Vignemale. Comptez environ une heure de montée à l’aller, soit dans les trois heures aller-retour avec une pause au bord de l’eau. Le dénivelé reste modeste, de l’ordre de deux cents mètres, le lac trônant vers 1 725 mètres d’altitude.

Le sentier n’a rien de technique. Il grimpe pourtant par endroits, avec des marches rocheuses parfois hautes pour les genoux, le genre de passage où l’on bénit ses semelles crantées. De bonnes chaussures changent tout. Pour les jambes fatiguées ou les enfants, un télésiège dépose à quinze minutes du lac depuis le Pont d’Espagne. La période idéale court de juin à octobre, une fois la neige fondue sur les hauteurs.

Le pont d’Espagne et ses cascades

Avant même d’attaquer le lac de Gaube, le site du Pont d’Espagne mérite qu’on s’y attarde. C’est l’un des lieux les plus fréquentés des Hautes-Pyrénées, et pour cause : un sentier aménagé, accessible à tous, longe le gave et enchaîne une succession de cascades grondantes au milieu des pins. On peut se contenter d’une boucle courte d’une heure environ, ou pousser jusqu’au plateau du Clot par des pentes douces, autour de neuf kilomètres sans difficulté.

C’est l’idéal pour une première sortie en famille, ou simplement pour se mettre en jambes avant plus haut. Un bémol que je préfère dire d’emblée : le parking sature l’été. En juillet et août, visez le matin tôt, ou prenez la navette depuis Cauterets et oubliez la voiture. Praticable d’avril aux premières neiges.

Gavarnie

Gavarnie, c’est la carte postale des Pyrénées, classée à l’UNESCO, avec sa muraille de roche et l’une des plus hautes cascades d’Europe. La bonne nouvelle pour un débutant : rejoindre l’hôtellerie du Cirque, au pied de la paroi, ne réclame qu’une balade facile. On part du village, on suit un large chemin bien tracé le long du gave, et le panorama du cirque se dévoile après une heure et demie environ.

Sur l’aller-retour, comptez autour de deux heures de marche pour neuf kilomètres et seulement deux cent vingt mètres de dénivelé. Un enfant qui tient la distance peut suivre sans souci. Le sentier reste accessible de la fin du printemps à l’automne. Ce face-à-face avec la paroi, la première fois, m’avait coupé le souffle bien plus que la montée.

Le lac d’Estaing, celui où l’on revient progresser à son rythme

Plus confidentiel, le lac d’Estaing se niche dans le Val d’Azun, à un peu plus de mille cent mètres d’altitude. Ce que j’aime ici, c’est la modularité. On peut se contenter d’un tour du lac quasiment plat, en moins d’une heure, parfait pour souffler ou pour une journée en demi-teinte. Le chemin par la route longe l’eau tout en douceur ; celui qui passe par la forêt est un peu plus exigeant mais reste abordable.

Pour qui veut grimper d’un cran, plusieurs montées plus engagées partent du même point, avec des dénivelés qui se rapprochent des cinq cents mètres. C’est exactement le genre d’endroit où l’on revient progresser, à son rythme. Le parking se trouve après l’auberge, et la saison s’étire du printemps à l’automne.

Les lacs d’Ayous, le défi de la vallée d’Ossau

Là, on monte d’un niveau. La boucle des lacs d’Ayous, au départ du lac de Bious-Artigues en vallée d’Ossau, n’est pas une balade : autour de seize kilomètres et un dénivelé cumulé qui avoisine les sept cents à mille mètres selon le tracé. On parle plutôt de six à sept heures de marche. Mais aucune difficulté technique, juste de l’endurance, et une récompense rare : le pic du Midi d’Ossau qui se reflète dans le lac Gentau au lever du jour.

Je ne la conseille pas pour une toute première sortie, plutôt quand vous avez déjà avalé deux ou trois lacs faciles et que vous vous sentez d’attaque pour une vraie journée. Praticable en gros de juin à octobre. C’est l’étape qui m’a fait basculer du côté des marcheurs sérieux, et c’est aussi celle qui m’a appris à respecter une montagne qu’on croit dompter. Si l’idée d’un vrai trek vous titille ensuite, je raconte ailleurs le GR10 entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Lescun, un autre univers.

Néouvielle

La réserve naturelle du Néouvielle, c’est le royaume des lacs d’altitude et des pins à crochets centenaires. Une petite boucle facile relie le lac d’Aubert, vers 2 150 mètres, et le lac d’Aumar, à 2 192 mètres, pour un dénivelé d’environ trois cent soixante-dix mètres. On marche déjà haut. L’effort, lui, reste mesuré, et le décor minéral vaut chaque pas que l’on pose entre les pins centenaires et les eaux limpides.

Une précision pratique qui compte : en haute saison, la route entre le lac d’Orédon et le lac d’Aubert est fermée aux voitures particulières dans la journée. Une navette payante prend le relais, et il faut composer avec ses horaires. Mieux vaut se renseigner avant de partir. La fenêtre praticable reste courte, à peu près de fin juin à septembre, vu l’altitude.

Et le pic du Midi de Bigorre ?

Je le cite parce qu’on me le demande, mais soyons honnêtes : le sommet du pic du Midi de Bigorre, à 2 877 mètres avec son observatoire, ne se gravit pas à pied en débutant. L’accès se fait en téléphérique depuis La Mongie, à 1 745 mètres, deux tronçons qui hissent mille mètres plus haut en un quart d’heure. C’est une excursion, pas une randonnée. Mais quel panorama, et quelle façon de prendre la mesure de la chaîne avant de s’y aventurer pour de bon.

Ce qu’il faut emporter et savoir

Avant de boucler le sac, parlons concret. Le piège du débutant, c’est de partir trop léger ou de sous-estimer la montagne. Voici ce que je glisse toujours, même pour une sortie de deux heures.

De vraies chaussures de marche qui tiennent la cheville, jamais des baskets de ville sur les sentiers rocheux. Une veste imperméable, parce que le temps tourne vite. De quoi se couvrir : il peut faire vingt degrés au parking et frais au lac. Au moins un litre et demi d’eau par personne, davantage l’été, sans compter sur les torrents pour boire. Un en-cas, de la crème solaire, un chapeau, et de quoi vous repérer, carte ou trace GPX téléchargée à l’avance car le réseau disparaît souvent.

Le dénivelé se sous-estime toujours. Trois cents mètres à plat ne disent rien ; trois cents mètres de montée, on les sent dans les cuisses. Comptez large sur votre temps et ne calez pas votre journée au minute près. La règle qui m’a le plus servie tient en peu de mots : partez tôt. En montagne pyrénéenne, les orages se forment volontiers l’après-midi, surtout en été. Être redescendu des crêtes avant le milieu de l’après-midi évite bien des frayeurs, sans qu’il faille pour autant verser dans la peur de tout.

Dernier réflexe, prosaïque mais décisif l’été : les parkings des grands sites se remplissent dès neuf heures. Pont d’Espagne, Gavarnie, Bious-Artigues, tous saturent en pleine saison. Arriver tôt, ou opter pour les navettes quand elles existent, vous épargne une heure à tourner. Pour prolonger l’envie de grands espaces une fois aguerri, mon carnet d’escapades en France hors des sentiers battus regroupe d’autres coins qui méritent le détour.

Commencez petit

Ce qui m’a réconciliée avec la randonnée, c’est d’avoir commencé petit. Un lac, une cascade, un cirque accessible, et l’envie est venue d’elle-même. Les Pyrénées ne récompensent pas la performance, elles récompensent la régularité et un peu d’humilité. Chaussez-vous correctement, partez tôt, regardez le ciel, buvez assez. Le reste, ces sentiers s’en chargeront. Et un jour, sans l’avoir prémédité, vous vous surprendrez à viser le lac d’à côté, un peu plus haut, un peu plus loin.

Élise Marchal

Écrit par

Élise Marchal

Journaliste voyage indépendante, Élise sillonne la France depuis 12 ans pour ses reportages. Elle privilégie le tourisme lent, la rencontre des artisans et les itinéraires moins fréquentés.