Le GR10 traverse les Pyrénées de l’Atlantique à la Méditerranée en 866 kilomètres. La majorité des marcheurs entament l’itinéraire à Hendaye et progressent vers l’est. J’ai choisi de partir depuis Saint-Jean-Pied-de-Port, version raccourcie de huit étapes, pour rejoindre Lescun en vallée d’Aspe.
C’est mon troisième passage sur ce tronçon. Et probablement le plus dur, à cause d’un épisode de pluie inattendu en plein mois de mai. Voici mon retour terrain, jour après jour.
Jour 1
De Saint-Jean-Pied-de-Port à Estérençuby. Quatorze kilomètres pour se mettre dans le rythme. Le sentier monte régulièrement jusqu’au col d’Arnostéguy, où les premiers vautours fauves font leur apparition. L’étape se termine dans le hameau d’Estérençuby, dans la vallée des Aldudes. Auberge familiale de quatre couverts, tenue par les éleveurs du coin.
Jour 2 : l’étape mythique vers Iraty
Vingt kilomètres et mille cent mètres de dénivelé positif jusqu’aux chalets d’Iraty. La forêt de hêtres, l’une des plus vastes d’Europe, accompagne presque toute la matinée. Les premiers pâturages d’altitude apparaissent au col d’Heguicheria, vers onze heures.
C’est aussi le jour où j’ai pris l’orage. Trois heures sous la pluie, le brouillard à dix mètres, le GR à peine balisé. Sans GPX, je serais redescendue en vallée pour la nuit.
Jour 3
Descente vers la vallée de la Soule, étape courte. Douze kilomètres qui permettent de souffler. Logibar est un point d’eau majeur du GR10, auberge familiale avec fruits du verger en saison. J’ai dormi treize heures.
Jour 4
L’une des étapes les plus dépaysantes du parcours. Passage par les gorges d’Holzarté, traversée de la passerelle d’Olhadybie (soixante-six mètres de vide sous les pieds, mieux vaut ne pas avoir le vertige). Le village de Sainte-Engrâce, avec son église romane du onzième siècle, est une étape obligatoire pour qui aime les pierres anciennes.
Jour 5 : étape la plus longue
Vingt-deux kilomètres avec passage de la frontière du Béarn. Le plateau d’Arette-La-Pierre-Saint-Martin est l’un des plus hauts du parcours. Par temps clair, on aperçoit le pic du Midi d’Ossau au loin. Par temps couvert, il faut imaginer.
Jour 6
Dernière étape de mon parcours raccourci, en descente progressive vers le cirque de Lescun. Le village, blotti dans un cirque calcaire à neuf cents mètres d’altitude, est l’un des plus émouvants des Pyrénées. Auberge “Le Pic d’Anie” pour la dernière nuit.
Conseils pratiques pour préparer ce tronçon
| Critère | Niveau / Période |
|---|---|
| Période recommandée | juin à mi-octobre (hors saison, refuges fermés) |
| Niveau requis | sportif confirmé, portage indispensable, sentier raide en altitude |
| Cartes IGN Top 25 | 1346OT (Saint-Jean-Pied-de-Port), 1446OT (Pic d’Orhy), 1546OT (Pic d’Anie) |
| Eau en chemin | sources balisées sur la carte IGN, mais prévoir deux litres entre Estérençuby et Iraty |
Une chose à ne pas négliger : la météo basque est notoirement imprévisible, même en plein été. Prévoyez une cape de pluie correcte et de quoi sécher vite. Mon orage de mai m’a coûté une journée de récupération à Logibar.
Verdict
Ce tronçon est plus difficile que je ne le pensais. Plus de mille mètres de dénivelé positif quasiment chaque jour. Mais c’est aussi celui qui m’a le plus marquée des trois fois où je l’ai parcouru.
Le Pays Basque côté pâturages d’altitude, sans plage ni touriste, garde une rugosité que la côte a perdue depuis longtemps.
Cette traversée n’est qu’un fragment d’un pays qui se mérite à pied. J’ai réuni mes autres échappées dans mon carnet d’escapades en France hors des sentiers battus.

