J’ai roulé deux jours pour rejoindre le pied du Luberon. Trois minutes pour comprendre pourquoi des écrivains s’y installent depuis quatre siècles. La lumière y est différente. Elle ne vient pas du ciel, elle sort des pierres.
C’est cette lumière qui rend ces villages indescriptibles aux gens qui ne sont jamais venus, et qui les rend impossibles à oublier pour ceux qui y ont passé ne serait-ce qu’une nuit. Voici mon retour après une semaine passée à les arpenter, hors saison, en mai 2026.
Bonnieux
Bonnieux ouvre ma tournée comme on ouvre un livre ancien : avec précaution. Le village s’étire sur deux versants. L’église haute regarde le mont Ventoux par-dessus l’épaule de l’église basse. C’est ici que j’ai trouvé l’auberge la plus convaincante de mon séjour, dont je tairai l’emplacement précis. Vous le trouverez si vous le cherchez.
Le marché du vendredi
Plus calme que celui de Lourmarin. Incomparable pour les fromages de chèvre du Plateau d’Albion. Les vendeurs vous reconnaissent à partir de la troisième visite. C’est rare.
Ménerbes
Si Bonnieux est sage, Ménerbes est hautain. Le village a souffert d’une décennie de tourisme inflationniste. Mais l’arrière-pays sauvé reste merveilleux, à condition de quitter le centre touristique pour les sentes qui partent vers la Combe. La carrière d’ocre de Bruoux, à vingt minutes à pied, mérite une après-midi entière sans qu’on regarde sa montre.
Lacoste, le château noir et son festival qui transforme l’été
Au sommet, le château noir du marquis de Sade veille sur la plaine. Acheté par Pierre Cardin il y a vingt ans, il accueille en été un festival d’art lyrique qui transforme le village en théâtre à ciel ouvert.
Hors saison, c’est une cité fantôme. Et c’est exactement ce qu’il faut chercher quand on vient pour voir.
Gordes
Trop photographiée. Le village a perdu une partie de son charme dans la dernière vague d’instagrammeurs. Mais l’abbaye de Sénanque, en contrebas, reste intacte. Si vous y allez, partez à l’aube et fuyez avant 10h. Sinon vous repartirez frustré et photographié.
Roussillon, la flamboyante
Le clou de ma tournée. Les ocres rouges du sentier des ocres se découvrent en boucle d’une heure, et la place du village offre l’un des plus beaux apéritifs de Provence. C’est à ce moment précis, un verre de rosé du Luberon en main face à la falaise rougie par le soleil couchant, que j’ai compris pourquoi tant d’écrivains s’arrêtent ici sans jamais repartir.
Mon verdict après une semaine de tournée
Si je devais ne garder qu’un seul de ces cinq villages, ce serait Bonnieux. Pour la lumière du fournil à six heures du matin. Pour la tranquillité du jardin du château. Et pour cette manière qu’a le village de vous laisser le temps de respirer entre deux gorgées de café.
Les quatre autres méritent le détour. Bonnieux mérite qu’on s’y installe une semaine.
Le Luberon n’est qu’une étape parmi celles que je raconte dans mon carnet d’escapades en France hors des sentiers battus.

