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Road trip dans les Cévennes : mon itinéraire entre cols et hameaux

J'ai mis trois jours à traverser les Cévennes par les crêtes, et je suis repartie avec l'odeur de châtaignier sur les mains et la certitude d'y revenir.

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Road trip dans les Cévennes : mon itinéraire entre cols et hameaux

J’ai roulé jusqu’au pied du mont Lozère un matin de mai, fenêtre baissée, sans rien savoir d’autre que le nom des cols. Trois jours plus tard, je connaissais le poids d’une châtaigne sèche dans la poche et le silence d’une draille à l’aube. Les Cévennes ne se donnent pas en passant. C’est un massif qui demande qu’on ralentisse, qu’on prenne les routes étroites, qu’on accepte de se perdre une heure pour gagner un panorama. Si vous cherchez des lacets goudronnés et des hameaux de schiste accrochés aux pentes, vous êtes au bon endroit.

Le Parc national des Cévennes, créé en 1970, couvre une grande partie de ce territoire à cheval sur la Lozère et le Gard. C’est le seul parc national français de moyenne montagne habité en permanence, ce qui change tout : on ne traverse pas un décor sous cloche, on traverse des vallées où des gens vivent, élèvent des brebis, ramassent encore les châtaignes en octobre. Voilà pourquoi j’ai construit cet itinéraire en trois étapes, du toit granitique au sud verdoyant.

Jour 1 : le mont Lozère

Je commence par le haut. Le mont Lozère est le massif granitique qui domine tout le parc, et son point culminant, le sommet de Finiels, monte à 1 699 mètres. C’est le toit des Cévennes, un plateau d’altitude nu, balayé, semé de blocs de granite arrondis qu’on appelle des chaos. Rien à voir avec l’image de forêts qu’on se fait du massif. Ici, c’est ras, minéral, presque islandais quand la brume traîne sur les pelouses et les tourbières du sommet. On se croirait au bout du monde.

La route qui grimpe au col de Finiels, à un peu plus de 1 540 mètres, offre une montée sans difficulté technique mais avec une lumière rare. J’y suis montée tôt, avant que le plateau se couvre. En haut, on devine l’Aubrac au nord et, par temps clair, le Ventoux loin à l’est. Les montjoies, ces bornes de granite dressées pour guider les bergers dans la neige, jalonnent encore l’ancienne draille de transhumance que les troupeaux empruntaient pour monter aux estives.

Le mont Lozère, c’est aussi le pays de Stevenson. En 1878, l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson a traversé ces hauteurs avec son ânesse Modestine, sur les 220 kilomètres qui le menaient du Monastier-sur-Gazeille jusqu’à Saint-Jean-du-Gard. Son récit, paru l’année suivante sous le titre Voyage avec un âne dans les Cévennes, a précédé de quelques années L’Île au trésor. Le GR70, le chemin de Stevenson, suit aujourd’hui ses pas et croise la route plusieurs fois. Marcher ne serait-ce qu’une heure sur ce sentier suffit à comprendre pourquoi il en a tiré un livre.

Le Pont-de-Montvert

Je redescends vers le sud et je m’arrête au Pont-de-Montvert, un village de schiste posé au confluent du Tarn naissant et de deux ruisseaux. Le vieux pont en dos d’âne et sa tour de péage médiévale donnent le ton. On s’y arrête forcément. Ce bourg n’est pas un décor : c’est ici qu’a éclaté en 1702 la révolte des Camisards, ces protestants cévenols soulevés contre les dragonnades de Louis XIV. Toute la région porte cette mémoire huguenote, dans les temples discrets et les maisons aux caves voûtées qui servaient d’abris.

Du Pont-de-Montvert, la route file vers Florac en suivant la haute vallée du Tarn. Florac est la capitale officieuse du parc, blottie au pied des falaises calcaires du causse Méjean, là où trois rivières se rejoignent. C’est une étape pratique : on y trouve de quoi se ravitailler, et c’est le point de bascule entre la montagne granitique du nord et les crêtes schisteuses du sud. J’y ai bu un café sur une place ombragée de platanes, en regardant les randonneurs ajuster leurs sacs.

Jour 2 : la corniche des Cévennes

C’est la portion que je préfère. La corniche des Cévennes relie Florac à Saint-Jean-du-Gard sur une cinquantaine de kilomètres, par une route de crête tracée sous Louis XIV pour le passage des troupes. Elle emprunte principalement la D9 côté Lozère. Cette route ne suit pas le fond des vallées : elle court sur la ligne de partage, à flanc de ciel, et domine d’un côté la vallée Française et de l’autre la vallée Borgne. Son point haut, le col des Faïsses, culmine à 1 018 mètres.

On roule lentement, parce qu’on s’arrête tout le temps. À chaque virage, une trouée s’ouvre sur des vallées entières plissées de serres et de valats, ces crêtes et ces ravins qui donnent au relief cévenol son aspect de mer figée. C’est saisissant. Les hameaux de pierre sèche, parfois trois maisons accrochées à une pente, semblent abandonnés et ne le sont pas. C’est une route que je conseille de faire au printemps, quand les genêts éclatent en jaune, ou en automne pour le feu des feuillus.

En descendant vers le sud, le paysage bascule dans la châtaigneraie. L’arbre à pain, comme on l’appelait, a nourri les Cévenols pendant des siècles : on en tirait la farine, le bois, le fourrage. Les terrasses de culture, les bancels soutenus par des murets, escaladent encore les versants. Tout cela à la main. C’est un paysage entièrement façonné par des générations de paysans, et c’est ce qui le rend bouleversant. Pour qui veut prolonger l’aventure à pied, j’ai détaillé mes meilleures idées pour randonner en France au printemps, et les sentiers de la corniche y tiennent une place de choix.

Saint-Jean-du-Gard, le terminus de Stevenson et le train à vapeur de 1909

La corniche débouche à Saint-Jean-du-Gard, terminus du voyage de Stevenson et porte d’entrée des Cévennes méridionales. Le climat a changé : on sent déjà le Midi, les cigales, les premiers oliviers. La ville garde un vieux quartier serré autour de son église et un musée des vallées cévenoles qui raconte le ver à soie, la châtaigne et la vie d’autrefois sans tomber dans le folklore.

C’est de là que part le train à vapeur des Cévennes, sur la ligne inaugurée en 1909. La locomotive relie Saint-Jean-du-Gard à Anduze sur treize kilomètres, en longeant la vallée des Gardons, ses viaducs et ses tunnels. Je l’ai pris un après-midi par paresse de conduire, et c’était la bonne décision : on traverse des paysages que la route ne montre jamais, au rythme exact d’un voyage de 1909. Une halte permet de descendre à la Bambouseraie en Cévennes, à Générargues, un jardin de bambous géants créé en 1856 par le botaniste Eugène Mazel et classé Jardin remarquable.

Anduze

Anduze ferme la boucle. On la surnomme la porte des Cévennes. Le nom est juste : passé son défilé rocheux, la montagne s’efface et la plaine languedocienne commence. C’est une jolie ville d’eau et de poterie, célèbre pour ses vases vernissés depuis le dix-septième siècle. La fontaine pagode sur la place couverte et les ruelles fraîches méritent une matinée de flânerie. Partez tôt, avant que les cars de touristes ne remplissent le centre, et vous aurez la ville pour vous.

De là, si le temps vous le permet, un crochet vers le mont Aigoual vaut le détour. Ce sommet de 1 565 mètres, à la frontière du Gard et de la Lozère, abrite l’observatoire météorologique inauguré en 1894, dernière station de montagne habitée de Météo-France. La montée se fait par des routes forestières superbes, à travers la grande hêtraie de l’Aigoual reboisée à la fin du dix-neuvième siècle pour stopper l’érosion. Par temps dégagé, la vue porte de la Méditerranée aux Alpes. Par temps couvert, vous serez dans les nuages, au sens propre. J’aime autant les deux. Vraiment.

Combien de temps prévoir et à quelle saison venir rouler ici

Trois jours, c’est le minimum pour goûter le massif sans le traverser au pas de charge. On peut le faire en deux jours pleins en réduisant les arrêts, mais ce serait dommage : ce road trip vit de ses pauses, des hameaux où l’on s’attarde, des sentiers où l’on pose un pied. Quatre ou cinq jours permettraient d’y ajouter les gorges du Tarn toutes proches, qui méritent à elles seules un voyage.

La meilleure période reste le printemps et l’automne, sans hésitation. En mai et juin, les genêts et les bruyères couvrent les pentes, les rivières sont pleines, les températures douces. En septembre et octobre, c’est la saison des châtaignes et des couleurs, l’air est limpide, et les routes se vident. L’été peut être chaud et fréquenté dans les vallées basses, même si l’altitude tempère toujours. L’hiver, le mont Lozère se couvre de neige et certaines routes ferment, mais le silence y devient absolu.

J’ai construit d’autres parcours dans le même esprit, et vous trouverez l’ensemble dans mon carnet d’escapades en France hors des sentiers battus. Les Cévennes y occupent une place à part. C’est un massif qui ne cherche pas à plaire, et c’est exactement pour ça qu’il marque.


Trois jours constituent un bon équilibre pour relier le mont Lozère, la corniche des Cévennes et Anduze en s’accordant le temps des arrêts. Avec deux jours pleins, l’itinéraire reste faisable mais devient pressé. À l’inverse, quatre ou cinq jours laissent la place d’ajouter le mont Aigoual, les gorges du Tarn voisines et quelques randonnées sur le GR70 ou la corniche.
Le printemps, de mai à juin, et l’automne, de septembre à octobre, offrent les meilleures conditions : températures douces, lumière nette, routes peu fréquentées. Le printemps apporte les genêts en fleur et les rivières hautes, l’automne la saison des châtaignes et les couleurs. L’été se vit dans les vallées basses, plus chaudes et plus touristiques. En hiver, le mont Lozère reçoit de la neige et certaines routes d’altitude peuvent fermer.
Non, c’est une route de crête bien revêtue, avec de nombreux virages mais sans passages réellement piégeux. Elle relie Florac à Saint-Jean-du-Gard sur une cinquantaine de kilomètres, principalement par la D9, et son point haut, le col des Faïsses, atteint 1 018 mètres. Il faut simplement accepter de rouler lentement, car les panoramas invitent à s’arrêter sans cesse. Comptez largement plus de temps que ne le suggère la distance.
En partie. Le train à vapeur des Cévennes relie Saint-Jean-du-Gard à Anduze sur treize kilomètres, avec une halte possible à la Bambouseraie de Générargues. Des liaisons en bus desservent Florac et Le Pont-de-Montvert depuis la gare de Mende en saison. Pour le cœur du parc, le mont Lozère ou la corniche, une voiture reste cependant la solution la plus souple, faute de desserte régulière sur les routes de crête.
Élise Marchal

Écrit par

Élise Marchal

Journaliste voyage indépendante, Élise sillonne la France depuis 12 ans pour ses reportages. Elle privilégie le tourisme lent, la rencontre des artisans et les itinéraires moins fréquentés.